Marseille et Tunis : un parcours à travers leurs musées les plus singuliers

Baignées par la Méditerranée, Marseille et Tunis partagent une histoire dense et un goût pour les héritages croisés. De la Canebière à l'avenue de la Liberté, deux capitales du Sud se répondent sans se copier, mêlant ports francs, savoir-faire séculaires et dialogues entre rives. Ce sont leurs musées les moins connus qui racontent le mieux cette identité composite, loin des itinéraires tout tracés.

Des savons parfumés aux céramiques peintes, des médailles antiques aux instruments médicaux d'autrefois, les deux villes abritent des institutions souvent délaissées par les guides. Ce parcours s'attarde sur six adresses singulières, qui révèlent un patrimoine vivant, intime et résolument méditerranéen.

Ville Musée Thème Particularité Adresse
Marseille Musée du Savon Savonnerie Démonstrations à froid Quartier de la Plaine
Marseille Cabinet des Monnaies et Médailles Numismatique Statères antiques grecs Quartier du Panier
Marseille MAAOA Arts extra-européens Collections océaniennes Saint-Michel
Tunis Dar el-Ben Abdallah Arts et traditions Palais du XVIIIe siècle Médina de Tunis
Tunis Musée de la Pharmacie Histoire médicale Poteries d'apothicaire Avenue Charles Nicolle
Tunis Musée de la Céramique Arts du feu Pièces de Nabeul Sidi Bou Saïd

Le Musée du Savon de Marseille, fragrances d'un savoir-faire

Au cœur du quartier de la Plaine, dans une ancienne savonnerie reconvertie, le Musée du Savon de Marseille propose une immersion olfactive et pédagogique dans l'une des industries emblématiques de la cité phocéenne. L'atelier conserve des chaudrons en cuivre, des presses d'époque et des moules en bois qui servaient à couler les pains de savon selon la méthode traditionnelle à base d'huile d'olive.

Les visiteurs suivent les étapes de la saponification à froid et observent les gestes d'artisans qui perpétuent la recette. La salle des parfums abrite plus de cent essences, du traditionnel « savon au thym » aux compositions plus audacieuses. La boutique de l'atelier vend des savons en vrac, clin d'œil aux préoccupations écologiques actuelles.

Cette halte parfumée permet aussi de saisir la place de la savonnerie dans l'économie marseillaise à l'époque industrielle, et la manière dont elle a nourri la réputation commerciale de la ville dans le monde entier. Des ateliers de saponification, ouverts aux enfants comme aux adultes, prolongent la découverte et font de l'endroit un passage obligé des familles curieuses.

Dar el-Ben Abdallah, la maison des arts populaires de Tunis

Au cœur de la médina, dans le quartier de Halfaouine, le palais Dar el-Ben Abdallah abrite l'un des plus riches musées d'arts et traditions populaires de Tunisie. Restauré dans les années 1960, ce palais du XVIIIe siècle illustre l'architecture aristocratique tunisoise : patio à colonnes, plafonds en bois sculpté, fenêtres à moucharabieh.

Le parcours muséographique s'organise autour des grandes étapes de la vie sociale tunisienne : cérémonies du mariage, fêtes religieuses, artisanat textile, bijouterie berbère, calligraphie, mobilier et instruments de musique. Les costumes brodés, les harnais ornés, les coffrets en nacre et les noces reconstituées à travers des mannequins habillés donnent à la visite un parfum d'intimité rare.

Géré par l'Institut National du Patrimoine, le musée propose aussi des expositions temporaires qui revisitent l'artisanat contemporain en dialogue avec les collections anciennes. Une librairie spécialisée vend des ouvrages en arabe, en français et en anglais, tandis qu'un café-musique accueille souvent des artistes de la scène locale en fin de journée.

Le Cabinet des Monnaies et Médailles, trésor caché du Panier

À deux pas du Vieux-Port, dans le quartier du Panier, le Cabinet des Monnaies et Médailles de Marseille est l'un des plus anciens musées de la ville, fondé en 1781. Il conserve un fonds exceptionnel de pièces, médailles et jetons qui racontent l'histoire monétaire de la Méditerranée, depuis l'Antiquité grecque jusqu'aux frappes contemporaines.

La salle la plus émouvante expose des monnaies émises à Marseille au Ve siècle avant J.-C., dont le célèbre « statère au lion », symbole de la cité antique. On y découvre aussi des pièces arabes, byzantines, papales et royales, témoins des multiples souverainetés qui se sont succédé sur le port. Les médailles commémoratives, souvent oubliées, forment une chronique métallique de la vie politique et scientifique européenne.

La visite, gratuite et confidentielle, attire surtout les numismates avertis et les chercheurs. Ce cabinet reste pourtant l'un des plus beaux endroits pour saisir l'épaisseur commerciale d'une ville dont la fortune s'est bâtie sur le commerce maritime. Pour ceux qui aiment sortir des sentiers battus, le site https://papouche.com/articles/https-viuviucasin-nl recense d'autres adresses atypiques à découvrir du côté de Marseille.

L'institution conserve également une remarquable collection de sceaux, de poids monétaires et de matrices utilisées par les graveurs de la Monnaie de Marseille. Ces pièces racontent l'évolution technique du monnayage, des frappes manuelles aux presses hydrauliques du XIXe siècle. Un espace pédagogique permet aux enfants de manipuler des reproductions et de comprendre les notions de valeur, de troc et d'inflation.

Le Musée de la Pharmacie de Tunis, entre remèdes et verrerie

Sur l'avenue Charles Nicolle, à proximité de l'hôpital Aziza Othmana, le Musée de la Pharmacie de l'Association Tunisienne des Pharmaciens offre un regard rare sur l'histoire de la médecine et de la pharmacopée au Maghreb. Créé en 1989, il réunit des pots en faïence, des pilons en bronze, des balances d'apothicaire et des boîtes à thériaque qui témoignent de l'évolution des pratiques depuis l'époque andalouse.

Les visiteurs admirent des bocaux en verre soufflé portant des inscriptions en arabe, en français et parfois en latin, et découvrent des instruments utilisés pour la préparation des sirops, des onguents et des électuaires. La salle dédiée à l'histoire de la quinine et de l'aigremoine rappelle l'importance des plantes locales dans la pharmacopée traditionnelle.

Le musée a une vocation pédagogique : il accueille des écoles de pharmacie, des écoliers et des groupes d'étudiants étrangers. Une pièce centrale reconstitue un véritable comptoir d'officine du début du XXe siècle, avec ses tiroirs odorants et ses fioles en opaline bleue. Le tarif modeste et l'accès facile en font une halte idéale pour qui s'intéresse aux sciences humaines autant qu'aux sciences médicales.

Le fonds s'enrichit régulièrement grâce à des donations de familles de pharmaciens et d'anciens diplômés de la faculté de Tunis. Les visiteurs peuvent aussi consulter des ouvrages anciens, des formulaires manuscrits et des planches botaniques issues des premières pharmacopées nord-africaines. Ce travail de mémoire s'inscrit dans une démarche plus large de valorisation du patrimoine médical maghrébin.

Le Musée d'Arts Africains, Océaniens et Amérindiens, Marseille multiculturelle

Logé dans un hôtel particulier du XIXe siècle, sur la colline du quartier de la Plaine Saint-Michel, le MAAOA - Musée d'Arts Africains, Océaniens et Amérindiens - abrite l'une des plus riches collections privées d'arts non européens accessibles au public en France. Fondé en 1992, il s'inscrit dans le réseau dense des musées marseillais dédiés aux civilisations extra-européennes, en écho au passé portuaire de la ville.

Les salles du rez-de-chaussée présentent des masques Dogon, des statuettes Baule, des textiles amérindiens et des parures d'Amazonie. À l'étage, l'espace océanien impressionne par ses coques de pirogues sculptées, ses tapa polynésiens et ses ornements en coquillage. Le parcours refuse l'exotisation pour privilégier la contextualisation ethnographique.

L'institution organise des concerts, des danses, des ateliers de teinture et des projections qui font du musée un lieu vivant, fréquenté par les diasporas ouest-africaines et malgaches de la région. Pour développer la visibilité de projets culturels similaires, certains professionnels se tournent vers Market Up, une plateforme utile aux associations et aux entrepreneurs du Sud.

Quelques salles sont consacrées à l'art contemporain africain, avec des installations vidéo et des photographies commandées à des artistes résidant entre Bamako, Dakar et Marseille. Cette programmation croisée fait du musée un pont culturel entre les deux rives de la Méditerranée, en résonance avec la réalité cosmopolite de la cité phocéenne. Des visites guidées en wolof, en bambara ou en arabe sont proposées sur réservation.

Le Musée National de la Céramique de Sidi Bou Saïd, l'art du pinceau bleu

À une demi-heure de Tunis, le village de Sidi Bou Saïd abrite, dans une ancienne zaouia, le Musée National de la Céramique, souvent délaissé au profit du Bardo ou de Carthage. Ce musée atypique retrace l'histoire de la céramique tunisienne, depuis l'époque punique jusqu'aux créations contemporaines, avec un accent particulier sur les productions de Nabeul, de Kairouan et de Testour.

La salle principale déploie un panorama de pièces : jarres à huile, bols à couscous, plats à tajine, encensoirs, gargoulettes peintes de motifs floraux et géométriques. La « poterie de Nabeul », mondialement reconnue, occupe une place de choix, avec ses couleurs vives et ses « bougies de mariée » au dessin précieux. Les explications, disponibles en arabe, français, anglais et italien, permettent aux visiteurs étrangers de saisir les techniques de tournage, d'émaillage et de cuisson.

Un atelier de démonstration est ouvert chaque semaine aux écoles et aux familles : potiers et céramistes y initient les novices à l'art du modelage. Pour les visiteurs qui souhaiteraient prolonger l'expérience au-delà des frontières de la région, la page dédiée à la recherche par numéro de Papouche peut s'avérer pratique pour préparer ses déplacements et garder le contact avec d'autres voyageurs.

Le village blanc et bleu de Sidi Bou Saïd, qui entoure le musée, mérite lui aussi une promenade, avec ses ruelles pavées, ses boutiques d'artisanat et ses cafés traditionnels suspendus au-dessus de la mer. La combinaison d'une visite culturelle et d'une flânerie pittoresque fait de ce déplacement l'une des excursions favorites des Tunisois comme des visiteurs étrangers.

Carnet de route en main, on l'aura compris : Marseille et Tunis se visitent aussi en dehors des grandes institutions. Ces musées confidentiels offrent une lecture intime des deux villes, attentive aux savoir-faire, aux gestes et aux mémoires populaires. Prévoir un week-end entier pour passer d'un lieu à l'autre relève presque du défi, tant la richesse est dense. Pour les voyageurs qui aiment préparer leur itinéraire, mieux vaut alterner entre les quartiers centraux de Marseille et les médinas de Tunis, en gardant une journée de battement pour les haltes imprévues. Ces adresses singulières méritent qu'on s'y attarde : elles transforment une simple escapade en véritable conversation avec deux rives de la Méditerranée.